Le designer de demain habille aussi des machines. 

 

 

 

Le designer de demain habille aussi des machines. 

 

PHOTO ROBOT PEPPER

 

On a longtemps parlé des robots comme d’une promesse lointaine : un sujet de science-fiction, un fantasme de designers, ou un dossier réservé aux ingénieurs. 

Or ce que disent les signaux prospectifs de 2026, c’est que le robot n’est plus un objet futuriste : il devient un collègue potentiel, un acteur de nos organisations, une présence intégrée à des espaces de travail réels. Et dès qu’une présence apparaît, le design devient inévitable, parce qu’un robot n’est pas seulement une machine qui exécute : c’est un corps qui se déplace, qui occupe l’espace, qui crée des réactions, de la confiance ou de la gêne, du lien ou de la distance.

 

C’est exactement ce que nous mettons en jeu cette semaine à MODART International. En tant que responsable des filières créatives, dont le master Digital Fashion Designer centré sur l’innovation, la technologie et la mode, nous accueillons Céline Shen et des robots Pepper pour pousser les étudiants vers un territoire encore mal balisé : celui des nouveaux métiers liés au design de corps robotiques. 

 

Ce mot peut faire sourire, parce qu’on associe encore la mode à l’humain et la robotique à l’industrie. Pourtant, c’est précisément la mode qui sait le mieux parler au corps, à l’identité, à la présence, à la symbolique. Et c’est ce que le futur exige : si les robots deviennent des partenaires de travail, alors ils doivent être pensés comme des interfaces culturelles, pas uniquement comme des performances techniques.

 

Dans un monde saturé de technologies, les paradoxes s’accumulent : d’un côté, la société se projette vers une collaboration accrue entre humains et entités numériques ; de l’autre, le besoin de lien humain reste central, et l’on sait que la confiance est fragile. C’est là qu’un point souvent sous-estimé devient décisif : l’acceptabilité ne se joue pas seulement dans le code, mais dans la forme. Une silhouette rassure ou inquiète. Une matière raconte un rôle. Un vêtement, une “peau”, un accessoire ou une gestuelle peuvent faire basculer un robot d’objet froid à présence compréhensible. Le design devient alors une discipline de médiation : il traduit la fonction en signes lisibles, il transforme une machine en relation, il met des mots visuels là où il n’y avait que des specs.

 

C’est pour cela que l’idée même d’un défilé robotisé, de looks conçus pour des contraintes mécaniques, ou d’interactions orchestrées par les robots n’est pas un gadget. C’est un laboratoire à ciel ouvert : on teste comment un corps non-humain peut porter nos codes et comment il peut s’inscrire dans une scène sociale. On sort du vêtement-objet pour entrer dans la silhouette-système : compatible avec des capteurs, avec une amplitude de mouvement, avec des impératifs de maintenance, mais aussi avec une intention narrative. Et ce point est crucial pour l’avenir des étudiants : ils ne sont pas en train d’apprendre “à habiller un robot”, ils sont en train d’apprendre à concevoir des corps compatibles avec une société hybride.

 

Le futur proche aura besoin de designers capables de penser à la fois comme des créatifs et comme des architectes de cohabitation. On aura besoin d’uniformes robotiques qui signalent le rôle (accueil, logistique, soin), de protections intelligentes, de textiles adaptés à des contraintes thermiques ou mécaniques, mais aussi de solutions plus subtiles : des codes visuels qui réduisent l’effet d’étrangeté, des détails qui humanisent sans tomber dans la caricature, des langages esthétiques qui respectent la diversité culturelle. Autrement dit, on aura besoin d’un design qui ne fait pas seulement “beau”, mais qui rend la relation possible.

 

Former à ces nouveaux métiers, ce n’est pas courir après une tendance. C’est reconnaître que le futur arrive en série, et que si l’école ne l’anticipe pas, les étudiants le subiront. À MODART International, notre responsabilité consiste à ouvrir ces champs avant qu’ils ne deviennent évidents, et à pousser les générations qui viennent à créer pour des réalités encore en construction. Parce qu’au fond, la question n’est pas “les robots vont-ils nous ressembler ?” La vraie question est : “que va raconter leur corps quand il entrera dans nos vies ?” Et qui, sinon les créatifs formés au croisement du digital, de la mode et de la culture, peut écrire cette réponse.

 

Cet article a été écrit par Célina BAILLY, responsable pédagogique de la filière Stylisme Modélisme de MODART International.

 

Si vous voulez en savoir plus sur le séminaire Mode & Robots des étudiants en 1ère année de mastère Digital Fashion Designer, veuillez cliquer ici.