MARGIELA MET UN VISAGE, ET CE N’EST PAS UNE BLAGUE
MARGIELA MET UN VISAGE, ET CE N’EST PAS UNE BLAGUE

Longtemps, Maison Margiela, c’était l’anti-marque de luxe par excellence. Pas de logo, pas de créateur visible, pas de pub sexy en bord de périph’. Juste quatre points de couture blanche et un silence religieux. Une maison pour celles et ceux qui savent, pas pour celles et ceux qui likent. Mais voilà qu’en 2025…
-> Miley Cyrus nue en peinture blanche (Margiela, pas Dulux Valentine).
-> Kim Kardashian en cape dramatique à la Mostra de Venise.
-> Et Glenn Martens qui balance un défilé avec fanfare d’ados désaccordés + recyclage d’archives en mode twisté.
Margiela sort de l’ombre. Ce changement n’est pas anodin. Il est stratégique, culturel, sociologique !

Alors que s’est-il passé ? La marque la plus secrète du luxe s’affiche désormais avec des visages reconnaissables. Non, ce n’est pas une hallucination due à un excès de caféine et de plateforme d’analyse tendance.
C’est juste… l’époque.
Aujourd’hui, même l’underground doit être lisible en 15 secondes chrono, sous-titré, shareable et si possible viral. Le silence ne fait plus vendre. Et même l’élégance doit savoir se raconter, ou se faire incarner par un sourcil parfaitement sculpté.
Mais attention, Glenn Martens, nouveau directeur artistique, n’est pas en train de faire du Margiela™ “influence ready”. Là où d’autres auraient basculé dans la spectacularisation, lui choisit une forme de complexité douce. Son défilé printemps-été 2026 se joue sur deux tableaux : une scénographie théâtrale avec des fanfares d’enfants imparfaites, des silhouettes conceptuelles et ironiques, mais aussi une volonté de faire redescendre Margiela dans le quotidien. Le vêtement, chez lui, n’est plus un manifeste à déchiffrer. Il redevient habitable. Poétique, mais portable.
https://www.youtube.com/watch?v=lZkBje3zeCs
Cette tension, entre visible et invisible, entre image et pensée, entre l’archive et l’actualité, est précisément ce qui rend Margiela encore pertinent aujourd’hui. Martens ne trahit pas le fondateur, il le traduit. Il fait passer l’héritage dans un nouveau langage. Il réinvente le silence, mais avec des outils adaptés à une époque bruyante. Et c’est peut-être ça, le vrai luxe contemporain : savoir comment murmurer dans un monde qui hurle.
D’un point de vue sociologique, ce mouvement en dit long sur nous. Les vêtements ne sont plus seulement des objets ; ils sont des supports d’affiliation, des interfaces sociales. Le consommateur moderne ne veut pas seulement posséder un vêtement : il veut appartenir à un récit, une esthétique, une communauté. Et ce récit passe aujourd’hui par l’image. Par la reconnaissance d’un visage. Par l’incarnation.
Et aussi parce que, soyons honnêtes : Tu peux avoir le concept le plus brillant de la galaxie… si personne ne peut l’identifier ou le montrer, il mourra dans l’indifférence d’un scroll trop rapide. Martin Margiela, s’il lançait sa maison aujourd’hui, passerait probablement pour un génie incompris, ou pire… un compte troll arty.
Le monde de 2025 veut voir, comprendre, partager. Et tant pis si c’est un peu moins pur, un peu plus pop, un peu plus… Kim.
Mais voilà le twist : c’est justement dans ce déséquilibre que Margiela reste fort. Pas totalement dans le système. Pas totalement hors du système. Juste à la fracture fertile entre ce qu’on veut voir et ce qu’on ne sait pas encore qu’on cherche.
Pour celles et ceux qui doutent encore : Le vrai luxe, aujourd’hui, c’est d’apparaître sans racoler. C’est de se montrer… mais à sa manière. Et Margiela, même avec Miley et Kim, reste le roi.
Cet article a été écrit par Célina Bailly, intervenante en fashion design, management & communication à MODART International.